Bulletin de paie

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Projet de loi sur la transparence salariale: ce que le texte devrait changer, pour tous les salariés

Après plusieurs années d’attente, la directive européenne sur la transparence salariale devrait être transposée dans le droit français dans les mois à venir, via un texte de loi. Ce projet de loi – dont la rédaction est pour partie la résultante d’un travail en amont des partenaires sociaux – devrait constituer une avancée majeure pour les droits des salariés. Il devrait notamment leur permettre de situer leur rémunération par rapport aux salaires moyens de personnes occupant un poste équivalent et d’obtenir, si besoin, la réévaluation de leur salaire. Explications avec Aurélie Chasseboeuf, secrétaire confédérale CFTC en charge de l’égalité femmes-hommes.

Aurélie, peux-tu nous expliquer brièvement l’objet de cette directive sur la transparence salariale ?

Ce texte a deux objectifs principaux : il vise à améliorer la transparence en matière de rémunération, ainsi qu’à réduire les inégalités salariales entre les hommes et les femmes, à poste égal ou équivalent. Pour ce faire, cette directive s’articule autour de trois mesures structurantes. La première se déploiera pendant le processus d’embauche : l’employeur devra communiquer à chaque candidat la rémunération initiale – ou une fourchette – correspondant au poste proposé, sur la base de critères objectifs. Ensuite, n’importe quel salarié pourra désormais questionner son employeur sur les écarts de rémunération, dans sa catégorie d’emploi (NDLR : à un poste catégorisé comme équivalent, un écart salarial de 5% maximum devrait être toléré, sauf exceptions).

Ces deux mesures pourront être mobilisées par de nombreux salariés, mais elles devraient tout particulièrement bénéficier aux femmes, qu’on sait globalement moins à l’aise pour négocier leurs salaires. Enfin, cette directive introduit pour les entreprises de 100 salariés et plus l’obligation de publier un rapport régulier sur les écarts de rémunération entre femmes et hommes, ces écarts étant calculés selon plusieurs indicateurs prédéfinis.

-Transparence des salaires : mode d’emploi et limites

Un salarié ne peut pas mobiliser les outils prévus par la directive pour connaitre le salaire individuel d’un collègue identifié (afin de ne pas porter atteinte à la protection des données personnelles). En revanche, la directive permet à un travailleur d’exiger de l’employeur de lui communiquer le salaire moyen des femmes et hommes occupant le même poste et la fourchette de rémunération de l’ensemble des salariés du même niveau. Si des écarts sont constatés et que l’employeur ne parvient pas à les justifier, la rémunération du salarié devra être réévaluée.

Dans certaines TPE, relevons toutefois que communiquer la moyenne des salaires permettrait de déduire les salaires individuels. Dans ce cas, l’employeur devra refuser de communiquer ces informations, puisqu’elles ne peuvent pas être suffisamment anonymisées-

Cette directive, adoptée par les institutions européennes en 2023, devait être transposée dans le droit français avant le 7 juin 2026. Pourquoi la France n’a t-elle pas respecté les délais requis ?

Plusieurs éléments peuvent expliquer ce retard. Nous faisons notamment face à un phénomène de surcharge législative : les députés et sénateurs ont beaucoup d’autres projets de loi en attente, sur lesquels ils doivent travailler. Nous devons aussi composer avec les freins que le patronat met à l’adoption de ce texte, puisque les employeurs ont l’impression de subir ce projet de loi.

C’est à dire ?

Sans surprise, la transparence sur les salaires les dérange beaucoup : on va probablement découvrir qu’il y a des inégalités de salaires injustifiées dans certaines entreprises, cela peut mettre des employeurs en difficulté. Cette directive donne aussi plus de poids aux élus syndicaux. Si le rapport obligatoire de l’entreprise fait apparaître un écart d’au moins 5 % non justifié par des critères objectifs, les élus pourront notamment mener des enquêtes conjointes (avec l’employeur). Parallèlement, à la demande d’un salarié qui constate un écart suspect sur sa fiche de poste, les représentants syndicaux pourront intervenir : ce sera alors à l’employeur de prouver que l’écart est justifié. La charge de la preuve est ici inversée et c’est clairement une bonne chose.

Qu’entends-tu exactement par « inverser la charge de la preuve » ?

En somme, l’employeur devra justifier de tout possible écart de salaire suspecté par un salarié (ou par un délégué syndical, au nom d’un salarié). Dit plus clairement, ce ne sera pas au salarié de prouver qu’il y a une discrimination, mais plutôt à l’employeur de prouver qu’il n’y en a pas. Si cet écart de salaire existe, l’entreprise devra aussi démontrer que l’écart de salaire est justifié et ne dépasse pas les écarts maximums prédéfinis.

Début juin, le gouvernement a donc enfin transmis au Conseil d’Etat un projet de loi visant à transposer la directive européenne sur la transparence salariale. Que pense la CFTC de ce texte ?

Il y a quelques mois, on nous avait transmis une première mouture de ce texte, qui nous semblait moins claire et plus brouillonne que cette seconde version, donc c’est un bon point. Cette 2e version inclut notamment une définition juridique claire de ce qui constitue un travail de valeur égale. Des sanctions administratives et pénales en cas de violation des règles sur la transparence salariale – qui n’étaient pas spécifiées auparavant – ont aussi été intégrées à ce projet de loi. Certains éléments de ce texte interrogent cependant toujours la CFTC.

Lesquels ?

Les indicateurs permettant de calculer les écarts de rémunération moyens entre femmes et hommes au sein d’une entreprise ne sont pas définis. En outre, ce projet de loi permet aux employeurs d’invoquer un critère de la performance, pour justifier les écarts salariaux. Là encore, cela nous semble flou. Comment mesurer précisément la performance ? Si on compare le salaire de quelqu’un qui est à temps plein avec celui d’une personne qui est aux 4/5eme, doit on partir du principe que le premier est nécessairement plus performant ? Ajoutons que le texte ne prévoit aucune obligation de formation des mandatés syndicaux à l’appropriation de cette directive, afin qu’ils puissent la mobiliser efficacement, sur le terrain. Les syndicats vont donc devoir déployer d’eux même des formations internes auprès de leurs propres élus…Enfin, et c’est peut-être ce qui gêne le plus la CFTC, beaucoup d’obligations et d’indicateurs introduits par ce projet de loi devraient être fixés par décret, ce qui va retarder l’application de la loi.

Pourquoi le renvoi à des décrets d’application pour une grande partie du texte inquiète-t-il la CFTC ?

Le fonctionnement par décret est très vertical. Il n’y a, en somme, pas de débat parlementaire : le décret – qui vise à spécifier les modalités d’application précises d’un texte de loi – est juste publié, point. De plus, si une bonne partie du texte de loi final est fixée par décret, il nous est difficile de nous prononcer catégoriquement sur  la qualité du projet de loi actuel, qui ne serait en définitive qu’un brouillon du texte final.

Le gouvernement espère que ce projet de loi sera adopté d’ici la fin de l’année. Comment la CFTC envisage les échéances à venir à ce sujet ?

La Lituanie, la Slovaquie et Italie ont déjà transposé la directive européenne sur la transparence salariale. Pour la CFTC, il ne faut donc plus trainer, car les enjeux sont conséquents : tous les salariés sont concernés par les outils et dispositifs introduits par ce texte, et plus particulièrement les femmes. Je conclurais en rappelant que là où les salaires restent opaques, les inégalités prospèrent. La transparence salariale n’est pas une menace pour l’entreprise: c’est un outil au service de l’équité, du dialogue social et de la confiance collective.

Tous propos recueillis par AC

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Comment bien lire et comprendre votre fiche de paie?

Selon une étude Ipsos publiée en 2024, seulement 33% des Français comprendraient la totalité des informations présentes sur leur fiche de paie. La CFTC vous explique ici tout ce qu’il y a à savoir pour vous emparer de ce document comptable certes un peu complexe, mais qui, une fois assimilé, permet de comprendre comment est financé ce qui constitue la pierre angulaire du modèle social français : la Sécurité sociale.

Souvent vaguement survolé du regard par les salariés, le bulletin de paie peut au premier abord sembler excessivement complexe – voire abscons – aux yeux de nombreux travailleurs.

Pourtant, cette succession de chiffres et de sigles a un sens et une utilité concrète. A savoir, identifier où sont fléchées les cotisations sociales, qui sont prélevées sur les salaires bruts des salariés et des employeurs.  Pour rappel, ces cotisations sociales assurent le financement de la Sécurité sociale – et donc de l’assurance maladie ou encore du régime de retraite – mais aussi de l’assurance chômage.

Pour y voir plus clair, le Décodeur CFTC – notre site exclusivement dédié au décryptage des droits des travailleurs – vous propose d’expliciter ligne par ligne chacun des libellés de votre bulletin de paie. 

Cet article est disponible ici en accès libre, ou tout simplement en cliquant sur la fiche de paie ci-dessous:

La CFTC en profite aussi pour rappeler qu’elle considère les cotisations sociales comme du « salaire différé », chargé d’assurer les travailleurs face à un risque toujours possible de maladie, de perte d’emploi ou encore d’accident du travail. A ce titre, notre organisation s’oppose au projet de simplification de la fiche de paie, que le gouvernement souhaite mettre en œuvre au 1er janvier 2027. S’il n’est pas illégitime de vouloir rendre ce document plus lisible, il ne faudrait pour autant pas que cette initiative invisibilise pour partie le rôle des cotisations sociales.

Plutôt que de simplifier et d’épurer la fiche de paie, notre organisation estime qu’il faudrait d’abord faire la pédagogie de son fonctionnement et des cotisations qui y sont libellées. Pouvoir lire et décrypter son bulletin de paie, c’est en effet savoir comment est financée la Sécurité sociale, ainsi que comprendre pourquoi il est nécessaire de la protéger, elle et ses sources de financement.

AC

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