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Projet de loi sur la transparence salariale: ce que le texte devrait changer, pour tous les salariés

Après plusieurs années d’attente, la directive européenne sur la transparence salariale devrait être transposée dans le droit français dans les mois à venir, via un texte de loi. Ce projet de loi – dont la rédaction est pour partie la résultante d’un travail en amont des partenaires sociaux – devrait constituer une avancée majeure pour les droits des salariés. Il devrait notamment leur permettre de situer leur rémunération par rapport aux salaires moyens de personnes occupant un poste équivalent et d’obtenir, si besoin, la réévaluation de leur salaire. Explications avec Aurélie Chasseboeuf, secrétaire confédérale CFTC en charge de l’égalité femmes-hommes.

Aurélie, peux-tu nous expliquer brièvement l’objet de cette directive sur la transparence salariale ?

Ce texte a deux objectifs principaux : il vise à améliorer la transparence en matière de rémunération, ainsi qu’à réduire les inégalités salariales entre les hommes et les femmes, à poste égal ou équivalent. Pour ce faire, cette directive s’articule autour de trois mesures structurantes. La première se déploiera pendant le processus d’embauche : l’employeur devra communiquer à chaque candidat la rémunération initiale – ou une fourchette – correspondant au poste proposé, sur la base de critères objectifs. Ensuite, n’importe quel salarié pourra désormais questionner son employeur sur les écarts de rémunération, dans sa catégorie d’emploi (NDLR : à un poste catégorisé comme équivalent, un écart salarial de 5% maximum devrait être toléré, sauf exceptions).

Ces deux mesures pourront être mobilisées par de nombreux salariés, mais elles devraient tout particulièrement bénéficier aux femmes, qu’on sait globalement moins à l’aise pour négocier leurs salaires. Enfin, cette directive introduit pour les entreprises de 100 salariés et plus l’obligation de publier un rapport régulier sur les écarts de rémunération entre femmes et hommes, ces écarts étant calculés selon plusieurs indicateurs prédéfinis.

-Transparence des salaires : mode d’emploi et limites

Un salarié ne peut pas mobiliser les outils prévus par la directive pour connaitre le salaire individuel d’un collègue identifié (afin de ne pas porter atteinte à la protection des données personnelles). En revanche, la directive permet à un travailleur d’exiger de l’employeur de lui communiquer le salaire moyen des femmes et hommes occupant le même poste et la fourchette de rémunération de l’ensemble des salariés du même niveau. Si des écarts sont constatés et que l’employeur ne parvient pas à les justifier, la rémunération du salarié devra être réévaluée.

Dans certaines TPE, relevons toutefois que communiquer la moyenne des salaires permettrait de déduire les salaires individuels. Dans ce cas, l’employeur devra refuser de communiquer ces informations, puisqu’elles ne peuvent pas être suffisamment anonymisées-

Cette directive, adoptée par les institutions européennes en 2023, devait être transposée dans le droit français avant le 7 juin 2026. Pourquoi la France n’a t-elle pas respecté les délais requis ?

Plusieurs éléments peuvent expliquer ce retard. Nous faisons notamment face à un phénomène de surcharge législative : les députés et sénateurs ont beaucoup d’autres projets de loi en attente, sur lesquels ils doivent travailler. Nous devons aussi composer avec les freins que le patronat met à l’adoption de ce texte, puisque les employeurs ont l’impression de subir ce projet de loi.

C’est à dire ?

Sans surprise, la transparence sur les salaires les dérange beaucoup : on va probablement découvrir qu’il y a des inégalités de salaires injustifiées dans certaines entreprises, cela peut mettre des employeurs en difficulté. Cette directive donne aussi plus de poids aux élus syndicaux. Si le rapport obligatoire de l’entreprise fait apparaître un écart d’au moins 5 % non justifié par des critères objectifs, les élus pourront notamment mener des enquêtes conjointes (avec l’employeur). Parallèlement, à la demande d’un salarié qui constate un écart suspect sur sa fiche de poste, les représentants syndicaux pourront intervenir : ce sera alors à l’employeur de prouver que l’écart est justifié. La charge de la preuve est ici inversée et c’est clairement une bonne chose.

Qu’entends-tu exactement par « inverser la charge de la preuve » ?

En somme, l’employeur devra justifier de tout possible écart de salaire suspecté par un salarié (ou par un délégué syndical, au nom d’un salarié). Dit plus clairement, ce ne sera pas au salarié de prouver qu’il y a une discrimination, mais plutôt à l’employeur de prouver qu’il n’y en a pas. Si cet écart de salaire existe, l’entreprise devra aussi démontrer que l’écart de salaire est justifié et ne dépasse pas les écarts maximums prédéfinis.

Début juin, le gouvernement a donc enfin transmis au Conseil d’Etat un projet de loi visant à transposer la directive européenne sur la transparence salariale. Que pense la CFTC de ce texte ?

Il y a quelques mois, on nous avait transmis une première mouture de ce texte, qui nous semblait moins claire et plus brouillonne que cette seconde version, donc c’est un bon point. Cette 2e version inclut notamment une définition juridique claire de ce qui constitue un travail de valeur égale. Des sanctions administratives et pénales en cas de violation des règles sur la transparence salariale – qui n’étaient pas spécifiées auparavant – ont aussi été intégrées à ce projet de loi. Certains éléments de ce texte interrogent cependant toujours la CFTC.

Lesquels ?

Les indicateurs permettant de calculer les écarts de rémunération moyens entre femmes et hommes au sein d’une entreprise ne sont pas définis. En outre, ce projet de loi permet aux employeurs d’invoquer un critère de la performance, pour justifier les écarts salariaux. Là encore, cela nous semble flou. Comment mesurer précisément la performance ? Si on compare le salaire de quelqu’un qui est à temps plein avec celui d’une personne qui est aux 4/5eme, doit on partir du principe que le premier est nécessairement plus performant ? Ajoutons que le texte ne prévoit aucune obligation de formation des mandatés syndicaux à l’appropriation de cette directive, afin qu’ils puissent la mobiliser efficacement, sur le terrain. Les syndicats vont donc devoir déployer d’eux même des formations internes auprès de leurs propres élus…Enfin, et c’est peut-être ce qui gêne le plus la CFTC, beaucoup d’obligations et d’indicateurs introduits par ce projet de loi devraient être fixés par décret, ce qui va retarder l’application de la loi.

Pourquoi le renvoi à des décrets d’application pour une grande partie du texte inquiète-t-il la CFTC ?

Le fonctionnement par décret est très vertical. Il n’y a, en somme, pas de débat parlementaire : le décret – qui vise à spécifier les modalités d’application précises d’un texte de loi – est juste publié, point. De plus, si une bonne partie du texte de loi final est fixée par décret, il nous est difficile de nous prononcer catégoriquement sur  la qualité du projet de loi actuel, qui ne serait en définitive qu’un brouillon du texte final.

Le gouvernement espère que ce projet de loi sera adopté d’ici la fin de l’année. Comment la CFTC envisage les échéances à venir à ce sujet ?

La Lituanie, la Slovaquie et Italie ont déjà transposé la directive européenne sur la transparence salariale. Pour la CFTC, il ne faut donc plus trainer, car les enjeux sont conséquents : tous les salariés sont concernés par les outils et dispositifs introduits par ce texte, et plus particulièrement les femmes. Je conclurais en rappelant que là où les salaires restent opaques, les inégalités prospèrent. La transparence salariale n’est pas une menace pour l’entreprise: c’est un outil au service de l’équité, du dialogue social et de la confiance collective.

Tous propos recueillis par AC

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Plans sociaux dans la presse écrite: comment protéger les salariés et anticiper les transformations à venir ?

Fragilisés par l’émergence de l’IA comme par le décrochage croissant de la lecture chez les plus et moins jeunes, de nombreux titres de presse écrite ont fait face à une multiplication et à une accélération des plans sociaux ces derniers mois. Des licenciements qui n’ont malheureusement pas épargné les publications des groupes Infopro Digital – pilier de la presse professionnelle en France – et Bayard, notamment propriétaire du journal La Croix. La CFTC fait le point avec Fabien Calcavechia et Raphael Chemin, respectivement délégués syndicaux au sein de ces deux poids lourds de la presse et de l’édition.

Messieurs, en préambule, pourriez-vous présenter les deux groupes de presse dans lesquels vous travaillez respectivement ?

Fabien Calcavechia : Je suis élu syndical au sein du groupe Moniteur, qui fait lui-même partie d’une entité qui s’appelle Infopro Digital. Le groupe est spécialisé dans la presse professionnelle, via des publications référentes dans leurs secteurs d’activité – comme le bâtiment pour Le Moniteur – ou les métiers de la fonction publique territoriale, pour La Gazette des Communes.

Raphaël Chemin : Pour ma part, je suis mandaté au sein du groupe Bayard, organisé autour de 2 entités juridiques: Bayard Presse et Milan Presse. Ces deux entités regroupent plusieurs publications,notamment le quotidien La Croix,l’hebdomadaire Le Pèlerin, le mensuel Notre Temps et des titres de presse jeunesse importants, comme Pomme d’api, Astrapi, Okapi ou encore J’aime lire.

Vos groupes ont chacun annoncé un certain nombre de licenciements ces dernières semaines. Comment l’employeur justifie-t-il ces suppressions de postes ?

Fabien Calcavechia : A Infopro Digital, ce sont 11 postes de secrétaire de rédaction qui sont purement et simplement supprimés. La direction justifie sa décision en expliquant que l’IA aurait des capacités à remplacer 90% des taches effectuées par ces mêmes secrétaires de rédaction.

Raphaël Chemin : A Bayard, 59 postes – soit environ 5% des effectifs – devraient être supprimés. Mais il n’y a pas de métier spécifiquement visé : ce PSE concerne aussi bien des journalistes, des commerciaux, que des membres des équipes marketing et techniques …  La direction ne justifie cependant pas la suppression de ces postes par l’usage de l’intelligence artificielle. C’est plutôt la crise de la presse papier, à laquelle s’additionne d’autres facteurs, qui fait qu’on en arrive à cette situation.

Ces décisions sont-elles pour partie justifiées par les difficultés économiques rencontrées par vos entreprises respectives ?

Fabien Calcavechia : Chez Infopro Digital, ce n’est pas du tout le cas. Pour vous donner un ordre d’idée des marges du groupe, elles sont à peu près équivalentes à celles de grandes entreprises de l’industrie du luxe.L’employeur a clairement des possibilités financières très importantes.

Raphaël Chemin : La situation est très différente chez Bayard. Nous sommes confrontés à une baisse annuelle de notre chiffre d’affaires depuis 2022. Les adultes lisent moins de presse papier et le numérique ne compense pas les pertes du format physique. Nos activités de presse jeunesse sont aussi impactées : chez les enfants, les écrans ont aussi pris beaucoup de place. Mais ces difficultés dépassent notre cas particulier : à quelques exceptions près, la presse va mal, le groupe Bayard doit donc faire des choix difficiles. 

Fabien, Infopro Digital veut donc se séparer de la majorité des secrétaires de rédaction du groupe, pour les remplacer par de l’intelligence artificielle. Comment la CFTC regarde cette décision ?

Fabien Calcavechia : La CFTC n’est pas systématiquement opposée à l’IA. Néanmoins nous militons pour qu’elle soit au service des salariés, pour complémenter leur activité, mais certainement pas pour les remplacer – comme c’est malheureusement le cas ici. Ensuite, d’un point de vue purement pratique, l’efficacité de cette décision reste à prouver. Les taches des secrétaires de rédaction ne se limitent pas à corriger les fautes d’orthographe et la syntaxe, il y a aussi toute une partie liée à la vérification d’informations. Or, la nécessité de vérifier et contextualiser les informations est autant – sinon plus nécessaire – quand on travaille avec de l’IA.

Pour répondre à ce besoin, l’employeur a créé 3 postes dits de « chef d’édition », qui auront notamment pour tâche de vérifier le contenu généré par l’IA. Trois personnes vont donc relire ce qui était jadis vérifié et retravaillé par onze secrétaires de rédaction : le problème, tant en terme de qualité que de charge de travail, nous semble ici assez évident. La CFTC pense qu’il aurait été possible de ré-imaginer le métier de secrétaire de rédaction – pour qu’il soit seulement alimenté par l’IA dans certaines taches – sans en arriver à une solution aussi radicale.

-Le licenciement pour motif économique est-il trop permissif?

« A Infopro Digital, les personnes licenciées le sont pour motif économique, relève Fabien Calcavechia. Ce qui peut interroger ici, ce sont les assouplissements du recours à ce type de licenciement, induits par la loi Travail de 2016 et les ordonnances Macron de 2017. Elles ont, entre autres exemples, introduit des critères beaucoup plus flous, pour permettre à l’employeur de justifier d’une suppression d’emploi : maintien de la compétitivité, réorganisation du fait d’une évolution technologique…A Infopro Digital, l’employeur invoque d’ailleurs ces 2 raisons, pour justifier les licenciements. » –

Cette transformation des métiers, induite par l’intégration de l’IA, n’a-t-elle pas été évoquée et pensée en amont, avec vos employeurs respectifs ?

Fabien Calcavechia : Absolument pas. La CFTC avait pourtant participé en 2023 aux négociations sur la Gestion prévisionnelle des emplois et des compétences (GEPP) et j’avais alerté sur les risques que les évolutions technologiques pourraient bientôt faire peser sur l’emploi des secrétaires de rédaction. La direction avait balayé mes préoccupations, en niant les problématiques à venir. Il aurait pourtant fallu définir et co-piloter une politique de GEPP, pour modéliser comment envisager la poursuite de carrière de ces gens. Ça n’a pas été fait, et on se retrouve dans cette situation, binaire et brutale pour les salariés.

Raphaël Chemin : A Bayard, l’IA est bien un sujet de dialogue social. On a d’ailleurs déjà élaboré une première charte à ce sujet, qui interdit à nos publications de publier des photos ou visuels représentant des visages humains générés par IA. C’est encore assez léger, mais les partenaires sociaux vont certainement creuser le sujet – en co-construction avec l’employeur – dans les semaines à venir.

L’IA expose-t-elle les salariés de vos groupes de presse respectifs à de nouvelles suppressions de postes, dans les années à venir ?

Fabien Calcavechia : Difficile d’être catégorique, mais l’employeur nous a dernièrement signifié que nos titres papier sont à regarder de près. Nous avons le sentiment que la direction estime que le lectorat à des envies de lecture web – où les exigences sont moindres – d’où l’idée d’intégrer l’IA plus largement à notre activité. Le cœur de cible de notre groupe est assez « niche » : nous nous adressons aux professionnels, nous leur apportons de l’expertise. Si cette dimension expertise se réduit – parce que nous voulons réduire nos couts en utilisant l’IA – nous risquons de le payer cher, d’affaiblir nos marques et notre image. L’IA peut certes agglomérer des données, mais peut-elle faire du terrain, décrocher son téléphone pour recouper des témoignages, témoigner dans un article d’un affect et d’une sensibilité propre à chacun? A priori, non.

Raphaël Chemin : Bayard est détenu par la congrégation religieuse catholique des augustins de l’Assomption. Notre employeur est davantage dans une recherche de pérennisation de notre activité – et des emplois qui y sont associés – que de grosse rentabilité. L’actionnaire est certes conscient que l’IA va induire des changements importants, mais il ne veut pas tomber dans des processus qui priveraient le groupe de son âme.

Pour en revenir aux PSE en cours à Infopro Digital et Bayard, comment la CFTC peut-elle accompagner et protéger les salariés qui vont perdre leurs emplois ?

Fabien Calcavechia : Pour l’instant, la direction d’Infopro Digital ne propose que de verser des indemnités de base aux salariés licenciés. Mais la plupart des gens qui vont perdre leur emploi ont environ la cinquantaine. Ils savent très bien que, s’agissant de leurs métiers, le marché du travail est atone: soit ils se reconvertissent (ce que la mise en œuvre d’une vraie politique de formation-reconversion – que le groupe n’a malheuresement pas déployé – aurait facilité) , soit ils n’ont plus de boulot, c’est terminé…En CSE, la CFTC a donc demandé le doublement de leurs indemnités de départ.

Raphaël Chemin : Nous avons un peu la même problématique à Bayard. Beaucoup des salariés qui vont perdre leur emploi risquent – au vu de leur âge –  d’avoir du mal à retrouver rapidement un travail. Notre objectif, ce sera de négocier pour les partants des indemnités supra légales conséquentes, des congés de reclassement longs, pour permettre aux personnes concernées de se reformer, de faire une VAE etc…Maintenant, le PSE vient de commencer, la direction vise à un maximum de départs volontaires, donc à voir comment tout cela s’articule, évidemment.

Comment vous projetez-vous sur l’avenir de vos groupes de presse respectifs ?

Raphaël Chemin : Bayard a récemment racheté un parc d’attractions qui s’appelle Kingoland. L’idée, c’est de diversifier notre modèle économique, de moins dépendre de la presse et des abonnements, ce qui a plutôt du sens pour la CFTC. S’agissant de l’implémentation de l’IA au sein du groupe Bayard, je pense qu’il ne faut pas être exagérément optimiste ou pessimiste à ce sujet. La direction n’est pas catégoriquement anti IA, mais elle reste prudente quant à ses usages, et nous devrions avoir des marges de manœuvre pour co-décider de son utilisation.

Fabien Calcavechia : Il y a quelques temps, Infopro Digital a aussi procédé à des licenciements pour motif économique au sein du service informatique, du fait de l’émergence de l’IA. Nous voyons donc bien que l’impact de l’Intelligence artificielle sur les métiers de la presse dépasse largement le simple cas des secrétaires de rédaction. La CFTC veut se battre pour que l’IA soit harmonieusement intégrée à nos métiers, après une réflexion et une délibération collective. Malheureusement, ça fait des années que le dialogue social est à l’arrêt dans ce groupe. Dans l’intérêt des salariés et de l’entreprise, il faudrait que ça change mais à l’heure actuelle, ce n’est pas gagné.

Tous propos recueillis par AC

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Que faire, face à la hausse record des prix des carburants ?

Face aux prix toujours élevés des carburants, certains élus politiques et représentants syndicaux ont évoqué la nécessité de mettre en œuvre une taxe sur les super-profits des pétroliers, ou encore un blocage des prix à la pompe. Pour la CFTC, de telles mesures semblent en l’état inapplicables, ou comporter une part de risques non négligeable. Pour notre organisation, c’est ici d’abord à l’Etat d’accompagner les automobilistes, en particulier les plus précaires.

Face à la hausse continue des prix des carburants observée ces dernières semaines, certains acteurs politiques et syndicaux ont demandé le déploiement de mesures d’urgenceen tous genres : blocage des prix à la pompe, baisse de la TVA sur les carburants, taxation des « super-profits » des pétroliers…Les pistes évoquées sont nombreuses. Mais sont-elles seulement viables et concrètement applicables, en vue de réduire la facture payée par les automobilistes ?

Des super-profits difficiles à taxer

Avant de dégager de premiers éléments de réponse, soulignons qu’une entreprise semble actuellement au cœur du débat public : TotalEnergies. En avril 2026, la multinationale avait en effet annoncé 5,8 milliards de dollars de bénéfices, pour le seul premier trimestre. Cela constitue une hausse de 51 % sur un an, celle-ci résultant avant tout de la flambée des cours du brut, dans le contexte de la guerre au Moyen-Orient. Dans un tel contexte, une taxe sur les «super-profits » peut à priori sembler non seulement adéquate, mais juste : si Total a vu ses profit exploser, c’est – pour une bonne part – du fait d’un choc exogène qui a fait monter le prix de la matière première, qu’elle extrait ou transforme.

Néanmoins, la CFTC juge douteuse l’applicabilité d’une taxe exceptionnelle sur les profits de Total (ou d’autres grandes multinationales pétrolières). TotalEnergies réalise en effet l’essentiel de ses profits à l’étranger. Ses activités d’exploration-production sont situées principalement en Norvège, aux États-Unis, au Qatar, en Angola et dans d’autres juridictions. En France, les raffineries de Total sont la plupart du temps déficitaires- le groupe n’était d’ailleurs pas soumis à la contribution exceptionnelle sur les grandes entreprises en 2025. Or, les règles de territorialité de l’impôt – telles qu’elles existent dans la quasi intégralité des états – permettent seulement à un gouvernement de taxer les profits réalisés par une entreprise sur son territoire national. Dit plus simplement : taxer les bénéfices mondiaux d’un groupe français – depuis le droit fiscal français – semble techniquement et juridiquement impossible aujourd’hui.

Ne pas créer un risque de pénurie

D’autres options restent néanmoins sur la table, comme la mise en œuvre d’un blocage des prix à la pompe. Toutefois, la pleine efficacité de cette solution peut elle aussi interroger. La hausse des prix des carburants n’a en effet pas, selon le ministère de l’Economie, fait exploser les marges que les distributeurs dégagent, grâce à la vente d’essence aux particuliers. Dans le détail, selon les données de Bercy, la marge brute moyenne des distributeurs concernant le gazole était de 26,7 centimes d’euro par litre, entre le 1er mars et le 4 mai. Avant le déclenchement de la guerre en Iran, cette marge brute moyenne était, par comparaison, de 28,1 centimes entre le 1er janvier et le 28 février. Réduire les prix à la vente – et donc la marge – des distributeurs pourrait donc s’accompagner d’un certain nombre d’effets pervers : usuellement, lorsqu’un prix est bloqué en dessous du niveau d’équilibre du marché, les offreurs réduisent ou cessent de distribuer le produit concerné. Vendre à perte est impossible pour toute entreprise qui doit couvrir ses coûts. La demande excède alors l’offre disponible : c’est la définition de la pénurie.

Le cas particulier de Total et des autres « majors » pétrolières

Si les marges des distributeurs de carburants (comme les supermarchés) sont restées stables malgré la flambée des prix du pétrole, on peut se demander pourquoi des entreprises leaders du secteur des hydrocarbures – comme Total ou Shell  – ont vu leurs profits exploser ces derniers mois.

L’explication est en réalité assez simple: les revenus générés par ces géants du pétrole et du gaz sont bien davantage dus à leur mainmise sur l’intégralité de la chaine de valeur des hydrocarbures qu’à la seule distribution de carburants aux particuliers : du forage à la vente au détail, en passant par le raffinage, ces multinationales interviennent à toutes les étapes de la vente et de la production. L’essentiel de leur chiffre d’affaires n’est ainsi pas généré par les particuliers à la pompe, mais plutôt par la production, la vente et l’acheminement de pétrole et de gaz auprès de grandes entreprises industrielles, des sociétés d’énergie, des États, des compagnies aériennes etc…

Chèques énergie, baisse de TVA : l’Etat a les moyens d’agir

Pour accompagner les particuliers face à la hausse des prix des carburants, l’Etat n’est cependant pas dénué de possibilités d’action. A ce titre, rappelons qu’il a pu profiter budgétairement de la hausse significative des prix des carburants. Selon les estimations du ministère de l’Economie, les taxes représenteraient en effet entre 50 et 60% du prix à la pompe. Des recettes notamment générées par la TVA sur le carburant. Quand le prix du carburant monte sous l’effet de la guerre et de tensions géopolitiques, les recettes de TVA perçues par l’État à chaque plein d’essence augmentent. C’est donc prioritairement à la puissance publique de redistribuer ces surplus, quand ils existent. C’est d’ailleurs, dans une certaine mesure, la solution pour laquelle a optée l’Exécutif.

Pour sa part, la CFTC milite pour le déploiement d’aides ciblées, comme la distribution de chèques énergie. Cette aide directe aux ménages – sous condition de ressources – pourrait être financée par le fléchage exceptionnel des recettes de TVA à la pompe de l’Etat. Autre solution envisageable : une baisse temporaire de la TVA sur les carburants, qui pourrait, à terme, aussi bien bénéficier aux particuliers qu’à l’Etat. Pour de nombreux Français vivant en zone rurale ou périurbaine, moins prendre sa voiture (pour faire des économies) revient en effet bien souvent à réduire certaines de leurs dépenses de consommation. Des non-dépenses sur lesquelles l’Etat ne perçoit donc pas de TVA. Néanmoins, la CFTC estime qu’une telle mesure devrait s’accompagner d’un strict encadrement des marges des distributeurs de carburants, afin de s’assurer que les prix à la pompe baissent proportionnellement à la baisse des taxes.

Dans un contexte de tensions budgétaires, aucune de ces solutions n’est évidemment idyllique. Les dispositifs exceptionnels de redistribution – telle qu’une taxe sur les super-profits des majors pétrolières – sont légitimes, mais nécessitent une coordination et une coopération fiscale au niveau mondial qu’il semble actuellement impossible de mobiliser. Pour la CFTC, c’est donc l’Etat qui dispose ici des leviers d’action immédiats, pour modérer la hausse des prix des carburants. Charge à la puissance publique de les actionner pour accompagner les plus précaires, qui sont les plus impactés par cette crise énergétique.

AC

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Journée de solidarité : mot d’ordre de grève de la CFTC !

Pour rappel, la décision, entérinée par la loi du 30 juin 2004, fut d’instituer une « journée de solidarité » en vue d’assurer le financement des actions en faveur de l’autonomie des personnes âgées ou handicapées, qui prit la forme d’une « journée supplémentaire de travail non rémunérée pour les salariés ».

L’objectif explicite de la mesure était de garantir à la « dépendance » une source supplémentaire de financement à niveau de prélèvements obligatoires constant.

La « journée de solidarité » fait ainsi passer la durée annuelle du temps de travail des salariés de 1 600 à 1 607 heures, sans modification de la rémunération versée. 

Initialement fixée au lundi de Pentecôte, la journée de solidarité peut, depuis la loi du 16 avril 2008, s’effectuer un autre jour férié (à l’exception du 1er mai). Elle peut aussi être fractionnée en 7 heures supplémentaires non rémunérées réparties sur l’année, ou bien être effectuée pendant un jour de RTT.

Les conditions d’accomplissement de la journée de solidarité sont fixées librement par accord d’entreprise, d’établissement ou de branche. À défaut d’accord, c’est l’employeur qui doit trancher, après consultation du comité social et économique (CSE). Notons qu’il n’est pas obligatoire de fixer la même date pour tous les salariés.

Concrètement et quelles que soient les conditions retenues, ce sont donc les entreprises qui versent la contribution de solidarité autonomie (CSA) à la hauteur de 0,3% de leur masse salariale. Elles sont censées récupérer le montant de cette taxe sur le travail non rémunéré de leurs salariés. 

Fondamentalement attachée au principe selon lequel « tout travail mérite salaire », la CFTC continue de dénoncer cette mesure arbitraire d’un autre âge !

La CFTC couvre par un mot d’ordre de grève tout salarié du secteur privé que son employeur voudrait faire travailler gratuitement le lundi de Pentecôte ou tout autre jour qualifié de « journée de solidarité » 

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Assurance chômage et ruptures conventionnelles : la CFTC sauve le dispositif et protège les salariés

La CFTC, par la voix de son bureau confédéral, a fait savoir qu’elle signe l’avenant à la convention d’assurance-chômage.

Cette nouvelle négociation sur l’assurance chômage s’est concentrée principalement sur les bénéficiaires de ruptures conventionnelles individuelles (RCI). Face aux exigences budgétaires de l’État, la menace initiale était claire : une suppression totale ou un coup de rabot aveugle sur ce dispositif. Pour la CFTC, la ligne directrice était limpide: la RCI a une véritable raison d’être pour les parcours professionnels, mais il devenait impératif d’y apporter des corrections ciblées pour stopper certains abus et pérenniser le système.

En tant que gestionnaire responsable de l’assurance chômage, la CFTC ne pouvait ignorer la réalité des chiffres. Aujourd’hui, les RCI représentent près d’un quart des dépenses globales du régime.

Plus alarmant encore, les données de l’UNEDIC ont mis en lumière un véritable paradoxe statistique : certains profils, plus qualifiés et plus recherchés sur le marché du travail, restent au chômage bien plus longtemps que la moyenne des autres allocataires.

Cette anomalie pesait sur la solidarité de notre système paritaire. Face à ce constat, la CFTC a négocié des corrections raisonnables, guidées par une idée-force : la préservation du pouvoir d’achat des allocataires du régime.

  • Maintien des montants : Le niveau des indemnisations mensuelles reste totalement inchangé. Pour la CFTC, il était hors de question que le bénéficiaire s’appauvrisse.
  • Ajustement de la durée : Seul le curseur de la durée d’indemnisation a été ajusté pour les bénéficiaires des RCI les plus importantes, avec pour seul objectif d’inciter à une reprise d’activité plus rapide.
  • Un accompagnement renforcé : Conformément à l’Article 14.1 de l’accord, cette incitation s’accompagne de la mise en place immédiate d’un accompagnement personnalisé pour garantir un retour à l’emploi dans les meilleures conditions.

La CFTC obtient des protections sur mesure

Parce que la recherche d’emploi n’est pas la même pour tous, la CFTC a fortement milité pour faire reconnaître la réalité du terrain et a obtenu des protections majeures pour les allocataires de plus de 55 ans et les ultramarins.

  • L’accord acte la difficulté supérieure des seniors (+55 ans) à retrouver un emploi. Sous l’impulsion de la CFTC, un véritable « filet de sécurité » a été acté(Article 14.2) : la possibilité de prolonger l’indemnisation pour les seniors pouvant justifier d’une recherche active d’emploi.
  • La CFTC a également imposé la prise en compte des spécificités de nos territoires ultra-marins. Leurs contextes économiques structurellement différents justifiaient un traitement particulier plus équitable.

En définitive, la CFTC a su peser de tout son poids, loin des clivages, des dogmes et en étant un acteur de la recherche du compromis. Cet accord traduit notre philosophie : corriger les dérives sans pénaliser financièrement les travailleurs.

En agissant de manière ciblée, la CFTC assume son rôle de gestionnaire responsable : la soutenabilité financière du régime est renforcée et l’objectif des 400 millions d’euros d’économies annuelles est largement atteint.

Pour ce faire, les partenaires sociaux n’ont eu à sacrifier ni le modèle social ni l’esprit des RCI auxquels les salariés sont légitimement attachés.

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