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Ce qu’il faut retenir du projet de loi contre la fraude sociale et fiscale

Voté mi-mai par le Parlement, l’essentiel du projet de loi contre les fraudes sociales et fiscales a été validé mi-juin par le Conseil Constitutionnel. Ce texte vise notamment à mieux détecter les fraudes à l’assurance maladie, en raffermissant les contrôles sur les assurés sociaux et en durcissant les sanctions à l’égard des fraudeurs. Si la CFTC juge légitime d’agir davantage contre la fraude, elle rappelle que c’est d’abord une amélioration significative de la soutenabilité du travail qui permettrait de réellement protéger la santé des assurés sociaux, comme de mieux maîtriser les dépenses de l’Assurance maladie.

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Adoptée en mai dernier par le Parlement, la loi visant à lutter contre les fraudes sociales et fiscales a obtenu mi-juin l’aval du Conseil Constitutionnel. Ce texte, qui vise à faire économiser au moins 1 milliard d’euros par an aux finances publiques,raffermit significativement les contrôles – et les sanctions en cas de fraude – que les employeurs et la sécurité sociale pourront exercer sur les salariés en arrêt maladie. Plusieurs mesures inscrites dans ce document se distinguent à ce titre. Certaines vont dans le sens d’une meilleure coopération et transmission d’information entre les employeurs et la sécurité sociale. On peut par exemple citer la création d’un dispositif que les employeurs pourront actionner auprès de la sécurité sociale, pour signaler à l’assurance maladie des situation d’arrêts de travail jugées potentiellement anormales ou abusives.

Dans un ordre d’idée similaire, les caisses primaires d’assurance maladie (CPAM) devront désormais obligatoirement notifier un employeur si une fraude aux indemnités journalières (IJSS) d’un salarié est définitivement établie. Le cas échéant,l’employeur ne sera plus tenu de verser le complément de salaire aux IJSS du salarié concerné (NDLR : pour rappel, le montant des IJSS correspond à 50% du salaire journalier de base, les 50% restants étant usuellement pris en charge par l’employeur). D’autres dispositions prévues par le texte visent plus directement à davantage surveiller et vérifier le recours aux arrêts maladie. Il introduit notamment une limitation des reconductions des arrêts de travail par télémédecine, tout renouvellement nécessitant désormais une consultation physique. L’employeur pourra par ailleurs aussi faire contrôler un salarié en arrêt maladie : si l’arrêt est jugé injustifié ou si le contrôle est rendu impossible par le salarié, le maintien de salaire pourra être suspendu.

Une hausse continue des arrêts de travail

Cette liste n’est pas exhaustive, mais ces quelques mesures synthétisent l’esprit et la finalité de cette loi. A ce titre, il convient de rappeler que les dépenses d’indemnités journalières versées par l’Assurance maladie (hors fonction publique) se sont élevées à 17,9 milliards d’euros en 2025, soit une hausse très significative de 7 milliards d’euros par rapport à 2016. Si cette évolution résulte à 60% de facteurs structurels (augmentation du nombre de salariés, vieillissement de la population active, recul de l’âge de départ à la retraite), les 40 % restants sont liés – selon la CNAM –  à une augmentation du recours aux arrêts de travail et à l’allongement des périodes d’indemnisation. Parallèlement, les montants de fraude aux indemnités journalières détectés sont passés d’environ 17 millions d’euros en 2023 à 42 millions en 2024, puis à 49 millions d’euros en 2025. En outre, après avoir effectué 270 000 contrôles ciblés en 2023, la CPAM avait révélé en 2023 que 30% des arrêts de travail contrôlés étaient injustifiés.

Améliorer la santé au travail : un enjeu structurel qui demeure

Ces données et tendances ont conduit la CFTC à ne pas faire obstacle à ce texte, lorsqu’elle a été consultée pour le jauger. Dans un contexte de tension budgétaire qui nous impose d’agir, la CFTC privilégiera toujours la mise en œuvre de moyens visant à combattre et sanctionner des comportements abusifs, plutôt que des mesures de réductions de droits pénalisant l’ensemble des assurés. C’est d’ailleurs pour cela que notre organisation s’était fermement opposée au plafonnement des IJSS (de 1.8 à 1.4 SMIC), appliqué depuis le 1er avril 2025. Ce bornage nous semblait contre-productif, notamment parce qu’il ne traite pas les causes de l’augmentation des arrêts de travail et pourrait aboutir à une hausse des cotisations salariales affectées à la prévoyance. La CFTC s’opposera par ailleurs à toute nouvelle tentative de réduction des droits des assurés sociaux à ce sujet. 

Enfin, il convient de rappeler que si ce renforcement des sanctions appliquées aux IJSS n’est pas illégitime, il ne répond qu’à une logique court-termiste d’ajustement budgétaire. S’il peut exister – comme dans toute politique publique – des situations individuelles abusives, la CFTC rappelle en effet que celles-ci restent minoritaires. Certaines tendances lourdes – comme la hausse de 90% des arrêts prescrits pour motifs psychologiques depuis 2017 – ne peuvent notamment pas être décolérées de certains des changements structurels qui ont caractérisé le monde du travail ces dernières années.  A cet égard, les mesures visant à réduire les risques professionnels et à améliorer la soutenabilité du travail restent encore trop éparses. La CFTC note tout de même que le texte prévoit l’augmentation des sanctions pour les employeurs qui n’ont pas rédigé de document unique d’évaluation des risques professionnels (DUERP). L’inspection du travail pourra donc désormais adresser un avertissement ou infliger une amende pouvant atteindre 4 000 euros par travailleur concerné aux entreprises contrevenantes (ce montant étant même doublé en cas de récidive).  A l’image de cette initiative, la CFTC espère donc voir le gouvernement intégrer dans le prochain projet de loi de financement de la sécurité sociale (PLFSS) davantage de mesures ambitieuses, qui permettront de mieux préserver la santé mentale des salariés et de réduire l’usure professionnelle en entreprise.

AC

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80 ans de la Sécurité sociale : Pérenniser notre modèle social, c’est préserver le vivre-ensemble

Crée suite aux ordonnances des 4 et 19 octobre 1945, la Sécurité Sociale fête ses 80 ans cette année. Aujourd’hui encore, elle fait la fierté de la France, en lissant les inégalités et en accompagnant les citoyens face à la maladie, au chômage et aux accidents de la vie. A l’occasion de cet anniversaire, la CFTC revient sur l’histoire et les acquis sociaux majeurs induits par la Sécurité Sociale, ainsi que sur les grands enjeux liés à sa préservation et sa modernisation.

Crée suite aux ordonnances des 4 et 19 octobre 1945, la Sécurité sociale, qui fête ses 80 ans cette année, est la pierre angulaire du modèle social français. Pour marquer le coup, le Conseil économique sociale et environnemental (CESE) organisait une table ronde ce jeudi 9 octobre, avec l’ensemble des partenaires sociaux. Léonard Guillemot, représentant de la CFTC au Haut Conseil pour le financement de la protection sociale, a pu y présenter la vision que la CFTC défend en vue de préserver ce dispositif, qui organise et structure depuis tant d’années la solidarité nationale.

Une certaine idée du vivre-ensemble

Avant de décliner cette vision, il convient d’abord de rappeler le rôle crucial qu’a jouée la Sécurité sociale, dans la structuration de la société française. A ce titre, opérons d’abord un bref retour en 1945. Au sortir de la seconde guerre mondiale, une bonne partie de la France est en ruines: la mortalité infantile est très élevée, la plupart des personnes âgées ne touchent aucune retraite et la grande pauvreté a explosé. La situation est grave, mais, en à peine deux ans, le gouvernement provisoire de la République française va appliquer une série de réformes qui vont transformer en profondeur la France d’après-guerre.

La plus importante de ces réformes, c’est la création de la Sécurité sociale, un dispositif pensé et conçu à partir de 1943 par le Conseil National de Résistance (CNR). Ce CNR, qui a dirigé et coordonné la Résistance française pendant la Seconde Guerre mondiale – porte une vision progressiste de la société, qui veut voir les citoyens et leurs représentants transcender leurs divergences, pour bâtir un avenir plus juste. Parmi les membres fondateurs de ce CNR, et donc de la Sécurité sociale, on retrouve la CFTC et son président Gaston Tessier, qui avait fait son entrée dans la Résistance dès 1940.

Une grande assurance collective et universelle

Cette Sécurité sociale façonnée par le CNR prône une certaine idée du vivre-ensemble : elle peut, en somme, se comprendre comme un modèle d’assurance collective qui protège les individus lorsqu’ils sont en situation de faiblesse (maladie, vieillesse) ou ont besoin d’assistance et d’appui, du fait des aléas de la vie (par exemple, suite à la naissance d’un enfant). Pour financer ce filet de sécurité collectif, les entreprises et les salariés versent une cotisation, cette somme étant modulée en fonction des niveaux de rémunération de chacun.

Aujourd’hui, l’action de la Sécurité sociale est par ailleurs articulée à travers 5 branches, qui couvrent et indemnisent chacune une catégorie de risques :

– La branche maladie

– La branche accidents du travail et maladies professionnelles

-La branche vieillesse

-La branche famille 

-La branche autonomie

Pointons, enfin, que la gouvernance de la Sécurité sociale avait à l’origine été confiée aux syndicats et représentants du patronat. Aujourd’hui, ces représentants constituent encore l’essentiel des conseils d’administration des caisses de la Sécurité sociale et gardent un certain pouvoir gestionnaire. Néanmoins, les grandes orientations budgétaires de la Sécurité sociale sont désormais décidées annuellement par le Gouvernement et le parlement.

L’inévitable question budgétaire

C’est justement le budget de la Sécurité sociale, et donc ses modalités de financement, qui interroge régulièrement aujourd’hui. Si ce débat n’est pas nouveau – dès 1950, un quotidien de l’époque évoquait déjà le « trou de la Sécurité sociale » – il est indéniable que la première source de recettes de la Sécurité sociale, à savoir la cotisation, ne suffit plus à garantir son équilibre financier. L’allongement de la durée de vie comme la baisse de la natalité a notamment réduit le nombre d’actifs cotisant par retraité, alors même que les pensions de retraite constituent le premier poste de dépenses de la protection sociale.

Pour la CFTC, la gestion de la Sécurité sociale doit intégrer ces évolutions démographiques, tout en s’adaptant aux grands défis du siècle : la transition écologique, la dépendance, la dégradation de l’environnement, etc… Pour ce faire, elle doit préserver et se recentrer sur sa mission matricielle : celle d’une assurance sociale collective.

A ce titre, notre organisation a souligné plusieurs points majeurs au CESE, ce jeudi 9 octobre :

D’abord, notre organisation pointe la nécessité de préserver les ressources de notre modèle social, qui sont garantes de son équilibre budgétaire. Elle interroge notamment la légitimité et l’efficacité de certains allégements de cotisations, dont bénéficient massivement les entreprises. « Ces allégements sont estimés à 75 milliards d’euros par an en 2025, la plupart d’entre eux étant accordés aux entreprises sans contrôle, ni contrepartie » rappelle Léonard Guillemot. Si la CFTC considère qu’il est normal de voir l’Etat accompagner les employeurs, elle milite pour que ces exonérations de cotisations sociales soient « conditionnalisés » : c’est à dire, qu’elles soient attribuées aux entreprises seulement si elles respectent certains critères et objectifs sociaux et économiques (par exemple, en terme de maintien et création d’emplois ou d’égalité femme-homme) ou encore environnementaux.

Par ailleurs, la CFTC a relevé que certains mécanismes de régulation de l’accès au soin comme les franchises médicales – si ils s’entendent dans leur finalité – ne doivent pas être dévoyés. Il ne faut notamment pas qu’ils se transforment en instrument purement comptable de financement de la Sécurité sociale (comme l’envisageait une récente proposition du gouvernement, qui visait à doubler les franchises médicales).

Éduquer sur les bienfaits du modèle social

Enfin, la CFTC a évoqué la nécessité d’instruire et d’éduquer les citoyens sur le fonctionnement et l’ensemble des besoins et risques couverts par la Sécurité sociale. Car la Sécurité sociale n’est pas immortelle. Comme la République, elle vit du soutien des citoyens. Il faudra notamment maintenir la confiance des jeunes générations dans notre modèle social. « Il est donc fondamental de rappeler et expliquer aux assurés sociaux que cotiser n’est pas un prélèvement fiscal, mais un acte citoyen, explique Léonard Guillemot. C’est un geste de solidarité au service du bien commun, dont on bénéficie tous à moment ou un autre : personne n’est immunisé à la vieillesse, à la maladie, aux accidents de la vie. La Sécurité sociale nous aidera tous à divers moments de notre existence. » A ce titre, la CFTC plaide pour une éducation sociale et civique renforcée dès l’école : elle permettrait de transmettre cette culture de la responsabilité et du partage, indispensable à la pérennité de notre Sécurité sociale.

Malgré les défis et la complexité inhérents à son fonctionnement, la Sécurité sociale n’est pas un système abstrait. Elle déploie, au contraire, une solidarité puissante, concrète et active.

Huit décennies après sa création, la force de sa promesse initiale demeure d’ailleurs intacte : contribuer selon ses moyens, recevoir selon ses besoins.

AC

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