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Aides publiques aux entreprises : ce qu’il faut changer, pour mieux dépenser

ministère de l'économie et des finances

Dans le cadre d’une mission du haut-commissariat au plan portant sur l’évaluation des aides publiques aux entreprises, la CFTC présentera ce 15 avril la vision que notre organisation porte sur les subventions et dispositifs de soutien financier que l’Etat accorde aux employeurs, estimés à 211 milliards d’euros par an. Pour notre organisation, il faut rendre davantage lisible et équitable ces aides aux entreprises, ainsi que rigoureusement les conditionner et les évaluer.

Evaluées à 211 milliards d’euros par an par une commission d’enquête sénatoriale en 2025, les aides publiques dont bénéficient les entreprises françaises font aujourd’hui l’objet d’un examen approfondi. Au-delà même du montant estimé ici, c’est l’efficacité et la contrôle de leur bonne utilisation qui interroge, alors que la nécessité de mieux maitriser et optimiser la dépense publique se renforce. Ces aides distribuées aux employeurs peuvent prendre diverses formes : crédits d’impôts, exonération de cotisations, taux de TVA réduits dans certains secteurs, aides à l’embauche etc…Si beaucoup d’entre elles sont légitimes, la CFTC estime qu’un examen plus approfondi de leur usage et de leur répartition est nécessaire, en vue de s’assurer qu’elles profitent bien à la dynamique de l’emploi et de l’investissement en France. A cet égard, plusieurs premières observations s’imposent :

Plus de 80 % de ces aides sont constituées de niches fiscales et sociales, dont la lisibilité pour les bénéficiaires eux-mêmes est limitée

• Les grandes entreprises captent 42 % du total, les ETI 35 %, et les PME 23 %, alors que ces dernières concentrent la majorité des emplois. Par ailleurs, aucun tableau de bord consolidé ne permet de savoir combien une entreprise donnée perçoit au total, tous guichets confondus

• Le montant estimé de ces aides ne fait pas consensus : l’Ires le évalue par exemple à 157 milliards d’euros par an. Le cas échéant, leur montant aurait plus que triplé entre 1999 et 2019, sans que cette croissance soit corrélée à une progression équivalente de l’investissement productif ou de l’emploi.

Fort de ces constats, la CFTC milite donc pour la mise en œuvre d’une dépense publique plus rationnelle et optimisée, dans la répartition et le contrôle de ces aides aux employeurs. Pour ce faire, notre organisation identifie plusieurs pistes d’améliorations majeures.

Revoir certains crédits d’impôts et taux de TVA réduits

D’abord, il serait souhaitable d’ajuster certains dispositifs ciblés, comme le Crédit d’impôt recherche. Cette réduction d’impôt dont bénéficient les entreprises est calculée sur la base de leurs dépenses de recherche et développement. Le taux de ce crédit d’impôt est de 30 % pour la partie des dépenses de recherche qui sont inférieures ou égales à 100 000 000 €. Or, le Conseil d’analyse économique a établi que le rendement du CIR est plus faible pour les grandes entreprises, en raison d’effets d’aubaine : leurs investissements en R et D auraient en effet été réalisés même sans la subvention. La CFTC recommande donc de davantage cibler et consacrer le CIR aux entreprises de taille plus modeste : dans cette optique, elle recommande d’abaisser le plafond de dépenses éligibles aux 30% de crédit d’impôt du CIR de 100 à 20 millions d’euros. Mais aussi d’augmenter ce taux de subventions de 30 à 35 %, pour renforcer son attractivité pour les PME.

Par ailleurs, la CFTC considère que certains taux réduits de TVA dont bénéficient les entreprises méritent d’être remis en question. Par exemple, dans la restauration commerciale et l’hôtellerie : l’Inspection générale des finances a notamment documenté que la baisse de TVA à 10 % dans le secteur n’a produit qu’une réduction des prix de l’ordre de 2 % et une hausse des salaires de 4 %. En parallèle, les bénéfices des entreprises du secteur augmentaient eux de plus de 20 %.

Connaitre le montant des aides perçues par les entreprises, tous dispositifs confondus

Outre le réajustement ou la suppression de certains dispositifs, la CFTC propose de revoir en profondeur l’architecture et l’articulation des aides aux employeurs, afin de connaitre réellement combien une entreprise donnée perçoit au total, tous guichets confondus. A cet égard, elle recommande la création d’un registre national unique et public, alimenté en temps réel par tous les acteurs publics distributeurs d’aides : l’État, mais aussi les régions, départements, communes, les opérateurs nationaux et l’Union Européenne. Si le règlement de l’Union européenne introduit bien une obligation – à partir du 1er janvier 2026 – d’enregistrement des aides aux entreprises, celle-ci ne prend en compte que les aides d’Etat, tout en excluant certains dispositifs pourtant très gourmands budgétairement, comme le Crédit d’impôt Recherche. Si un Registre national unique des aides aux entreprises françaises voyait prochainement le jour, la CFTC prônerait donc qu’y soit comptabilisées non seulement les aides attribuées par les régions, les départements ou encore les communes, mais aussi toutes les typologies de subventions, sans exception (CIR inclus donc).

Il conviendrait par ailleurs de plafonner ces aides, en fonction de la taille des entreprises qui les sollicitent. La CFTC recommande qu’elles ne dépassent pas un plafond à définir sur 3 ans pour les entreprises de moins de 250 salariés (avec une possibilité de dérogation, pour certains projets qui sont jugés comme stratégiques.) Ces aides pourraient ensuite être limitées à un montant exprimé en pourcentage du chiffre d’affaires, pour les entreprises de plus de 250 salariés. Au-delà d’un seuil d’aides cumulées qui serait à définir, les entreprises de plus de 5000 salariés verraient en outre toute aide supplémentaire prendre obligatoirement la forme d’une avance remboursable.

Davantage « conditionnaliser » et contrôler les aides

Enfin, notre organisation milite pour que les secteurs bénéficiant des aides les plus importantes soient accompagnés sous condition du strict respect d’un certain nombre d’engagements. Notamment en faisant la démonstration d’une trajectoire de montée en gamme significative de leur activité: par exemple, via une progression des salaires, des qualifications et de la formation ou encore de l’investissement dans la R et D. Ces indicateurs seraient spécifiés dans des « contrats de performance stratégique » conclus entre l’État, la région et l’entreprise bénéficiaire, une absence de résultats dans ces domaines entrainant une perte de subventions futures.

Enfin, la CFTC milite pour renforcer les mécanismes de contrôle de toutes les typologies d’aides qui sont octroyées aux employeurs. Il n’est notamment plus acceptable que des groupes ayant perçu des centaines de millions d’euros d’aides publiques, comme Michelin et Auchan en novembre 2024, puissent annoncer des plans de licenciements massifs, tout en maintenant des distributions de dividendes en augmentation. Pour y remédier, certaines aides pourraient notamment être supervisées par un comité de suivi sectoriel incluant les partenaires sociaux. Cet organisme devrait vérifier que les activités financées correspondent effectivement aux objectifs déclarés et que l’entreprise ne délocalise pas les productions protégées par des aides nationales. Les entreprises contrevenantes se verraient notamment imposer un remboursement partiel des aides qui leur ont été versées en cas de délocalisation ou d’abandon de leur activité.

AC 

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manif 18 sept 25

Manifestations du 18 septembre : à Paris, les militants CFTC mobilisés pour « plus d’équité fiscale » et « vivre dignement de leur travail »

Investie sur tout le territoire ce 18 septembre, la CFTC a évidemment battu le pavé à Paris, au sein de l’intersyndicale. Récit de l’évènement avec quelques militants, qui détaillent les raisons de leur mobilisation ce jeudi.

manif 18 septembre 2025

Crédits photos : Guillaume Blanchon

Ce 18 septembre, la place de la Bastille bouillonne. Il est 14 heures, les drapeaux s’agitent, les slogans pleuvent et les sonos tonnent : l’intersyndicale – qui rassemble plusieurs dizaines de milliers de militants ce jeudi à Paris-  peut lentement commencer sa marche, qui mènera les manifestants jusqu’à la place de la Nation, dans le 11e arrondissement de la capitale. Dans le flot de marcheurs du jour, on repère vite l’azur des dossards des militants de la CFTC. Parmi eux, Hamdia, la cinquantaine, venu « pour essayer de faire comprendre au président Macron ce que nous, le peuple, on subit. »

Hamdia est employé en région parisienne, dans une entreprise de cosmétiques. Avant, il avait longuement travaillé à Sochaux-Montbéliard, dans les usines Peugeot de l’agglomération, depuis soumises à de nombreuses restructurations. « L’entreprise faisait vivre tout le département…On n’était pas payé rubis sur l’ongle, c’est sûr, mais on pouvait vivre décemment avec ce salaire là. » Pour Hamdia, le cœur du problème est là : « En ce moment, tout le monde évoque la nécessité de taxer les plus riches. Pourquoi pas, mais je pense que la priorité n’est pas là : il faut d’abord que les gens qui travaillent puissent toucher un salaire qui leur permette de vivre dignement, tout simplement ».

Il évoque spontanément sa retraite, à laquelle il pense régulièrement : « On me dit que je vais devoir cotiser jusqu’à 64 ans. Mais est-ce que ça sera encore vrai dans quelques années ? Est-ce qu’un jour, on ne va pas m’expliquer que je vais devoir cotiser jusqu’à 67 ans ? 69 ans ? 71 ans? Qu’on me le dise tout de suite : comme ça, je préprogramme mon enterrement, ça me coutera moins cher. »

manif 18 septembre 2025

La retraite, Sonia* vient de commencer à en bénéficier, après avoir travaillé pendant 44 ans. « Je suis là pour les boomers », lance d’emblée cette ancienne employée du secteur de la banque et des assurances. « Ça m’a choquée que François Bayrou cible les retraités…Comme s’ils étaient les grands responsables du laissez-faire budgétaire… Mais qui est coupable de ces erreurs de gestion ? Les citoyens, ou ceux qui pilotent le budget de la Nation ? »

Pour rééquilibrer les finances de l’Etat, elle évoque les 211 milliards d’euros d’aides publiques dont bénéficient annuellement les entreprises, selon les estimations d’un récent rapport sénatorial : « Le problème, c’est que ces milliards d’euros d’aides ne sont pas contrôlés, ni soumis à des objectifs de maintien ou de création d’emplois », regrette elle. Pour elle, il faut aussi davantage solliciter les plus favorisés, afin de mieux financer les services publics et assurer le maintien du modèle social français : « Je suis en faveur de la taxe Zucman, tranche-t-elle. Quand on a plus de 100 millions d’euros de capital, est ce que c’est trop demander de contribuer à hauteur de 2% de son patrimoine ? On ne peut pas laisser les ultra privilégiés se soustraire au pacte social. »

taxe Zucman ultra riches à la caisse

Non loin d’elle, Larbi acquiesce « Le français moyen est soumis à un taux d’imposition et de prélèvement de 50 %. Mais pour les milliardaires, ça retombe à 25%. Ça ne peut plus marcher. Il faut de l’équité fiscale. » Pour ce juriste au regard rieur et au verbe facile, « si des efforts budgétaires sont à faire, tout le monde doit prendre sa part, à la hauteur de ses moyens. »

Il cite aussi spontanément l’exemple de Michelin : l’entreprise avait fermé deux de ses sites de production en 2024, tout en percevant parallèlement 140 millions d’euros d’aides publiques et en engrangeant 1.9 milliard d’euros de bénéfices : « L’Etat les aide, et ils ferment des usines en France, en délocalisant. C’est inadmissible ! » S’il déplore la détérioration du contexte social et l’instabilité politique actuelle, Larbi n’est pas résigné pour autant : « Vous savez, moi, je viens d’un pays, l’Algérie, que j’ai dû quitter pendant la décennie noire, il y a presque 30 ans … J’aime mon pays de naissance, mais en France, j’ai trouvé une société que je trouve magnifique, dans sa pluralité, son ouverture, sa solidarité…J’y crois encore, mais il faut que ça bouge. » Avant de lever haut sa pancarte pour rejoindre la tête du cortège de la CFTC, Sonia a un dernier message à faire passer :

 Tous propos recueillis par AC

*dans un souci de confidentialité, certains prénoms ont été modifiés

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Aides publiques aux entreprises : « On parle de 211 milliards d’euros par an, qui ne sont ni évalués, ni conditionnalisés »

En juillet 2025, une commission d’enquête sénatoriale avait publié un rapport sur le montant et l’efficacité des aides publiques aux entreprises. Son bilan, qui s’appuie sur six mois d’enquêtes et d’auditions, est sans appel : les aides aux employeurs, évaluées à 211 milliards d’euros par an, ne sont ni lisibles, ni suffisamment conditionnées et évaluées. Alors que le gouvernement veut réaliser 44 milliards d’euros d’économies sur le budget 2026 et que la CFTC appelle à une plus juste répartition de l’effort budgétaire, les sénateurs Fabien Gay (PCF) et Olivier Rietmann (Les Républicains) – rapporteur et président de cette commission d’enquête – reviennent sur les recommandations formulées dans ce rapport parlementaire.

Messieurs, en préambule, pouvez-vous nous expliquer comment cette commission d’enquête sur l’attribution des aides publiques aux entreprises a pris forme ?

Fabien Gay  (sénateur PCF) : Courant novembre 2025, Michelin et Auchan, de grandes entreprises qui bénéficient de pléthores d’aides publiques, ont procédé à de nombreux licenciements. Le groupe communiste au Sénat a donc voulu lier la question de ces licenciements à celle des subventions. La problématique qu’on voulait adresser est la suivante : est-il normal de voir des grandes entreprises, qui versent des dividendes, licencier et toucher malgré tout des aides publiques ?C’est le point de départ de cette commission d’enquête.

Olivier Rietmann (sénateur Les Républicains) : Fabien a rapidement endossé le rôle de rapporteur de cette commission. En tant que président de la délégation aux entreprises du Sénat et étant moi-même ancien chef d’entreprise, je suis très sensibilisé à ces questions. J’ai donc postulé à la présidence de cette commission. Je pense que ça nous a permis de dégager d’emblée un équilibre. Parlons clair : Fabien est sur une position communiste, de gauche très appuyée. Moi, je suis un libéral, certes, mais un libéral humaniste, qui prône un capitalisme cadré, régulé, qui ne laisse personne sur le bord de la route. On voulait donc tous les deux que ce rapport aboutisse sur des propositions fermes, claires. Je crois d’ailleurs que nous avons clairement réussi à faire un pas l’un vers l’autre, dans nos recommandations. Ça nous a permis de formuler un corpus de propositions communes.

Avant d’évoquer ces propositions, évoquons ce chiffre de 211 milliards d’euros d’aide publiques, qui sont accordées annuellement aux entreprises. Qu’est-ce que vous évoque ce montant ?

Olivier Rietmann : D’abord, je pense que nous devons définir ce que nous avons catégorisé ici comme aide publique. Très schématiquement, ces 211 milliards représentent ce qui est versé aux entreprises pour les aider à être plus compétitives, ainsi que tous les avantages fiscaux et sociaux qui peuvent leur être alloués, via des exonérations ou des allègements de cotisations.

Fabien Gay : Ceci étant dit, ce chiffre de 211 milliards, c’est la commission sénatoriale, aidée d’experts, qui a dû le modéliser. Et ça, c’est quand même sidérant. Rendez-vous compte : exception faite des exonérations de cotisations sociales dont bénéficient les entreprises (chiffrées autour de 77 milliards d’euros par an) il n’y a aucun tableau de bord, aucune donnée du Ministère de l’économie, qui tienne précisément compte des subventions et aides dont elles bénéficient : on parle ici de 2267 dispositifs d’aides, qui ne sont donc pas évalués et comptabilisés !

Olivier Rietmann : A mon sens, il ne faut tout de même pas se laisser aveugler par ce chiffre de 211 milliards. Considérez bien que ces aides ne bénéficient pas qu’à des grands groupes, mais aussi et surtout à des milliers d’entreprises, notamment à beaucoup de TPE/PME. Maintenant, pour rejoindre ce que dit Fabien, ces aides sont-elles pour autant toutes efficaces ? On ne le sait pas, car elles ne sont pas évaluées. Surtout, ce qui pose à notre sens problème, c’est les conditions qui lient les entreprises au versement de ces aides, qui sont bien trop souvent inexistantes.

La CFTC milite pour que les exonérations de cotisations sociales des entreprises soient « conditionnalisées » : c’est à dire, qu’elles soient attribuées seulement si elles respectent certains critères et objectifs sociaux, économiques, environnementaux, etc… En êtes-vous arrivé à la même conclusion ?

Fabien Gay : Absolument. Cependant, nous recommandons que cette « conditionalisation » soit globalisée à l’ensemble des aides publiques, pas seulement aux allégements de cotisations. Finalement, ce ne sont pas tellement les entreprises qui sont directement à mettre en cause ici, mais plutôt la gestion des pouvoirs publics. On a massivement distribué de l’argent public aux employeurs, mais sans leur imposer le respect de conditions et objectifs précis, dans la plupart des cas.

Parallèlement, permettez moi aussi de relever que l’Etat est beaucoup plus vigilant pour surveiller les chômeurs, en leur posant toujours plus de conditions pour qu’ils puissent toucher leurs allocations chômage, qui est pourtant un droit. Rappelons tout de même que les aides aux entreprises ne sont, pour leur part, pas un droit : ce sont des dispositifs budgétaires votés chaque année par le parlement.

Olivier Rietmann : Je veux quand même préciser une chose :  l’obtention des aides publiques est tout de même soumise à des critères stricts, elles sont très contrôlées et normées. Mais, pour faire écho à ce que disait Fabien à l’instant, quid de la contrepartie ? A mon sens, le cœur du sujet est là : on a sur-complexifié les processus nécessaires pour demander ces aides par crainte de la fraude, au détriment de la mise en place de critères de conditionnalité et d’évaluation de ces mêmes aides.

Très concrètement, comment « conditionnaliser » ces aides alors ?

Fabien Gay : Le rapport avance une multiplicité de mesures potentielles. Ce serait trop long de toutes les passer en revue, mais l’une de nos recommandations majeures, c’est la transparence : nous proposons ainsi que soit transmis chaque année au CSE des entreprises concernées la nature des aides publiques, leur volume et leur montant. Nous préconisons aussi le remboursement total des aides publiques par les entreprises si elles procèdent – dans les deux années qui ont suivi le versement de subventions – à une délocalisation des sites et des activités concernés par des aides. Nous recommandons enfin qu’une entreprise condamnée pour fraude fiscale, travail dissimulé, discrimination systémique ou encore atteinte à l’environnement ne puisse plus concourir aux aides publiques, pendant 2 ans.

Olivier Rietmann : Une autre de nos propositions phares, c’est de recourir beaucoup plus massivement à un système d’avance remboursable sur les aides publiques, plutôt qu’à des subventions nettes et sèches. Je m’explique : concrètement, au fur et à mesure qu’une entreprise ferait des bénéfices sur sa nouvelle production, elle rembourserait progressivement les aides publiques qu’elle a touchées.

Auditionné par notre commission, Patrick Pouyanné, le PDG de Total, a d’ailleurs reconnu que c’était une mécanique qui lui semblait juste et équitable. Pour ce faire, il faudrait aussi accompagner exclusivement les projets dont on sait qu’ils ont besoin de subventions pour être rentable. Or, en France, nous subventionnons actuellement une entreprise dès lors qu’elle remplit les critères éligibles à une aide. Ça doit changer : seules les entreprises qui en ont réellement besoin devraient être accompagnées.

A cet égard, le rapport propose notamment de revoir dans les grandes largeurs certains dispositifs d’aide, comme le Crédit Impôt Recherche (une réduction d’impôt dont bénéficient les entreprises, calculée sur la base de leur dépenses de recherche et développement,  NDLR)

Fabien Gay :  Pour rappel, ce dispositif représentait en 2024 autour de 7,6 milliards d’euros de manque à gagner pour l’Etat, soit l’équivalent du budget du ministère de l’agriculture. Son cout a même été multiplié par 16 depuis 2008…Bénéficier du CIR est de toute évidence trop simple et, là encore, pas assez « conditionnalisé » : à cet effet, nous proposons notamment de le sectoriser, de le circonscrire à certains secteurs d’activité.

Olivier Rietmann : Nous avions notamment auditionné Alexandre Bompard, le PDG de Carrefour, une entreprise qui bénéficie du CIR. Quand je lui ai demandé pourquoi un groupe de grande distribution touchait des subventions pour faire de la R&D, il m’avait répondu que c’était pour faire de la recherche pour perfectionner les caisses automatiques, développer de l’éclairage plus économe…Bon, rien de crucial, en somme. Donc nous proposons d’exclure du CIR certains secteurs, comme la banque, la grande distribution etc…Attention, le CIR est une aide absolument nécessaire, mais il faut rigoriser ses conditions d’attribution. 

Fabien Gay : En outre, certaines entreprises qui bénéficient du CIR industrialisent parfois le produit de leurs recherches en dehors de France. Ça a par exemple été le cas d’un groupe comme STMicroelectronics: ils ont développé pendant 6 ans des micro processeurs à Tours, avant de les faire fabriquer en Chine. A cet égard, nous proposons d’administrer un malus sur le CIR aux entreprises qui ne jouent pas le jeu jusqu’au bout. A contrario, celles qui choisissent d’industrialiser en France le résultat de leurs recherches pourraient bénéficier d’un bonus.

Ce 18 septembre, la CFTC et l’intersyndicale se sont mobilisées pour plus de justice sociale et fiscale. Après avoir longuement travaillé sur le sujet, considérez-vous que la contribution des entreprises au modèle social doit être repensée, voire augmentée ?

Fabien Gay, sénateur PCF : Absolument, notamment s’agissant des exonérations de cotisations sociales. Pour rappel, la cotisation patronale, c’est une part du salaire indirect des travailleurs et travailleuses, qui sert à financer notre modèle social. Si vous en exonérez pour partie l’employeur, vous organisez l’appauvrissement et l’affaiblissement de ce même modèle. Or, ce que les gens savent moins, c’est que cette somme qui ne va plus dans les caisses de la Sécurité Sociale est comblée avec l’argent du contribuable. Comment ? Tout simplement parce que l’Etat compense la très grande majorité de ces exonérations de cotisations (en l’occurrence 70 milliards, sur les 77 que touchent les entreprises chaque année).

On dit souvent que le taux de cotisations sociales sur les entreprises et très élevé en France. Mais ça, c’est seulement la théorie. En pratique, elles sont massivement exonérées de ces même cotisations, quitte à créer un manque à gagner considérable pour notre modèle social. Ma conviction, c’est donc qu’il faut changer de mentalité quant aux aides publiques dont bénéficient les entreprises : on ne peut pas continuer comme ça.

Olivier Rietmann, sénateur Les Républicains : Il y a des changements et ajustements importants que nous pouvons bien entendu mener, dans une logique d’équité et de rationalisation des moyens déployés par l’Etat. Maintenant, si on veut avoir des politiques publiques et sociales ambitieuses, il faut aussi avoir les moyens de les mettre en œuvre. Pour cela, il faut créer de la richesse via les entreprises, pour que celles-ci aient les moyens de verser de bons salaires et des cotisations substantielles.

Il faut donc continuer d’accompagner les employeurs, mais mieux et plus rigoureusement. J’espère qu’on pourra déposer, lors des prochaines échéances parlementaires sur le budget de l’Etat et de la sécurité sociale, des amendements transpartisans qui iront dans ce sens. Je crois sincèrement que les propositions issues de ce rapport dépassent les clivages politiques : ce ne sont plus des histoires de droite ou de gauche, mais de bon sens, tout simplement.

Tous propos recueillis par AC

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